Culture

Riz & avatars

Lin Chia-Huei
| No. 3 | Posted on 18th Aug 2016

On dit souvent qu’on est ce que l’on mange. La vérité inhérente à cette phrase est toutefois discutable. Il est peut-être plus juste de dire qu’à travers la nourriture que nous consommons, nous contribuons à rebattre les cartes de notre identité sociale et culturelle. De ce point de vue, il est intéressant de se pencher sur l’évolution des pratiques alimentaires.

Sans conteste, le riz est de longue date le principal aliment de Taïwan. Les riz long (籼稻), rond (粳稻) et gluant (糯稻) sont les trois les plus fréquents sur l’île. En général, leurs grains sont plus courts et plus collants que ceux du riz thaï. Le riz est non seulement consommé comme féculent de base mais il entre également dans la composition de certains laits, alcools, vermicelles et desserts.

Cela dit, depuis une quarantaine d’années, on assiste sur le plan de la production comme sur celui de la consommation à une évolution importante de la structure économique et culturelle. Auparavant, la production de riz était une activité qui soutenait économiquement le développement du pays. La riziculture irriguée demandant une importante main-d’œuvre, elle exerçait une certaine influence sur la démographie taïwanaise. La population agricole représentait alors plus de 50% de la population active totale. En 2007, elle dépassait à peine les 5%. Dans les années 80, l’économie taïwanaise a connu un essor considérable. L’espoir de trouver un travail mieux payé n’est pas sans rapport avec une exode rurale massive. C’est la raison pour laquelle la population rurale s’est vue réduite à une peau de chagrin. Parallèlement, l’alimentation s’est beaucoup occidentalisée. Jadis réduit au seul riz, l’éventail des mets prposés s’est élargi. Pizza, steak, hamburger, frites ont ainsi contribué à réduire la consommation de riz.

Qui plus est, dans les années 90, le gouvernement a facilité la transformation des terres agricoles. Nombre d’entre elles ont été donc vendues et transformées en usines ou en résidences. Selon un document officiel publié en 2010 par le ministère de l’Agriculture, la superficie des rizières a dimimué. Il n’en reste plus qu’un tiers par rapport à la surface qu’elles occupaient dans les années 60.

En 2002, Taïwan est devenu membre de l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Dès lors, l’importation de riz de pays étrangers a été autorisée. Considérant cet accord comme une menace de plus sur la production locale, certaines entreprises comme « Green in hand » ont commencé à collaborer avec des riziculteurs locaux et à mettre l’accent sur la qualité de leurs produits. Pour en encourager la consommation, le ministère de l’Agriculture organise depuis quelques années la Foire du riz. L’accent est mis sur la diversification des produits à base de riz. Pains, biscuits, glaces, … et même le macaron ! Le riz se décline de mille et une façons. Les résultats sont souvent très intéressants sur le plan gustatif. Grâce à l’inventivité des chefs et à leur talent, on est loin du riz d’antan. Et l’avenir est prometteur.

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