Le riz

| No. 3

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Édito

« Taïwan a éte un pays agricole, l'agriculture n'a pas seulement été le centre économique mais aussi celle qui a nourri la croyance taïwanaise. » Cette description reflète bien le passé rural de Taïwan. Mais si l'on y réfléchit plus, ceci n'a rien de natural. Seulment 24% de la surface de l'île de Formose est cultivable, pourtant dans les années 50, l'exportation des produits agricoles contribuait 80% à l'économique taïwanaise.

La raison pour laquelle Taïwan n'est pas devenu un pays qui dépend du commerce comme Singapour, non plus un pays de la pêche comme l'Islande se rapporte à sa longue histoire de la colonisation. Au XVIIe siècle, les Néerlandais fondèrent un gouvernement colonial à Taïwan. Les Néerlandais firent venir de nombreux Chinois afin d'exploiter les terrains, ils formèrent donc une collaboration sino-néerlandaise : les Néerlandais assuraient la securité des Chinois contre les aborigènes insulaires et en contrepartie, les Chinois cultivaient les champs et apportaient du profit aux Néerlandais. L'économie agricole de Taïwan fut ainsi fondée par cette co-colonisation sino-néerlandaise. Cependant, ce n'est que durant la colonisation japonaise, qui débuta en 1895, que l'agriculture taïwanaise devint l'économie centrale sur île. Afin de servir Taïwan comme une base agricole qui nourrissait l'industrialisation du Japon, les colonisateurs se concentraient sur le développement des produits agricoles de haute valeur et des techniques qui permettaient d'avoir plus de productivité sur un terrain limité. Le thé, la canne à sucre, le riz, l'ananas et des fruits tropicaux devinrent ainsi la culture de rente à Taïwan.

Les migrants et les colonisateurs transformèrent ainsi le peuple en agriculteurs en fondant une civilisation agricole de Han sur une île entourée de l'océan toujours agité et imprévisible. Lorsque l'ancien gouvernement chinois s'installa à Taïwan, l'économie agriculture fut servie, encore une fois, d'abord pour la défense contre les communistes et ensuite pour l'industrialisation. Comme dans beaucoup d'autres pays, l'industrialisation taïwnaise dut être confrontée à de nombreux problèmes : recul du secteur agricole, déséquilibre démographique urbain-rural, pollutions environnementales et inégalité sociale. Malgré le miracle économique dans les années 80, la société formosane remet aujourd'hui en question le modèle du libre-échange international au détriment des habitants des zones rurales.

Ce numéro vous présente la lutte et le mouvement de reviviscence de l'agriculture taïwanaise ainsi que sa transformation. La France, étant un des plus grands pays agricoles en Europe, est confrontée au même dilemme entre le libre-échange et le protectionnisme vis-à-vis de l'agriculture. Le parcours taïwanais des mouvements agricoles pourrait éclairer quelques réflexions sur ce même problème à une échelle mondiale.