Politique

La démocratie taïwanaise fête ses 20 ans

Lin Chieh-An
| No. 6 | Posted on 19th Aug 2016

« C’est quoi votre système politique à Taiwan ? » Voici une question que l’on me pose régulièrement. Il n’est pourtant pas difficile d’expliquer que Taïwan est un régime semi-présidentiel comme la France. Le président est élu au suffrage universel direct pour un mandat de quatre ans, rééligible une fois. Néanmoins, ce système n’existe à Taïwan que depuis la réforme constitutionnelle de 1994. Auparavant, le droit civil était très restreint. La démocratie est donc encore jeune.

Ce changement fut amené par le président de l’époque, Lee Teng-Hui, qui avait été élu par l’Assemblée nationale (équivalente du Sénat français). La réforme, qui assure la souveraineté taïwanaise, eut pour effet d’énerver la Chine. Celle-ci procéda plusieurs répétitions et manœuvres militaires, tentant d’influencer les intentions de vote. Néanmoins, ce mouvement fut contre-productif. L’élection de 1996 atteint un taux de participation de 76% et Lee Teng-Hui fut réélu avec 54% des suffrages.

Jusqu’à Lee Teng-Hui, le pouvoir exécutif avait toujours été tenu par le Parti nationaliste chinois, dit Kuomingtang (KMT). L’opposition principale, le Parti démocrate progressiste (DPP dans son acronyme anglais), n’apparut qu’en 1987 en rassemblant toutes les forces anti-KMT de l’époque. En 2000, au profit d’une scission au sein du KMT, le candidat du DPP, Chen Shui-Bian, remporta l’élection avec 39,3% des voix . Ce fut la première alternance dans l’histoire politique taïwanaise. Cependant, Chen n’obtint pas la majorité des voix au Parlement.

Quatre ans plus tard, les deux candidats perdants de l’an 2000, Lien Chan (KMT) et James Soong (Parti du peuple en premier, PFP) se réconcilièrent, formant un seul binôme président-vice-président. Le sondage les donnait gagnants. Cependant, la veille de l’élection, Chen Shui-Bian et son vice-président Annette Lu furent attaqués et légèrement blessés par balle. Malgré l’attentat, l’élection fut maintenue et Chen gagna avec seulement 0,22% d’écart, dans la polémique. Néanmoins, la cote de popularité de Chen chuta rapidement à cause d’affaires de corruptions impliquant ses proches, ce qui permit le retour du KMT.

C’est à ce moment que Ma Ying-Jeou, super star de la politique taïwanaise de l’époque, devint le leader de la République de Chine, régime officiel de Taïwan. Auparavant ministre de la Justice puis maire de Taïpei, le président du KMT conquit, sans difficulté, le poste de chef de l’État pendant l’élection de 2008. Sa politique économique - libéralisation des investissements et des échanges commerciaux avec la Chine - fut considérée la panacée des problèmes sociaux taïwanais et séduit les électeurs. Ma Ying-Jeou fut ainsi réélu en 2012 face à Tsai Ing-Wen (DPP), malgré un bilan économique médiocre.

Cependant, la cote de popularité de Ma chuta considérablement très rapidement après sa réélection. D’une part, l’économie taïwanaise tournait mal à cause de la politique de rapprochement. Elle était trop imbriquée dans la politique chinoise pour être flexible et indépendante. D’autre part, les insulaires découvraient que contrairement à ses promesses, le gouvernement de Ma n’avait pas hésité à céder la souveraineté taïwanaise à de nombreuses occasions. Suite à quelques incidents, notamment celui du mouvement des Tournesols, Ma Ying-Jeou et son parti du KMT perdirent totalement la confiance du peuple. C’est pour cette raison que Tsai Ing-Wen et le DPP se trouvent à nouveau au pouvoir à l’issue des élections du 16 janvier 2016.