Société

Colonel le Moine ! Les bouddhistes migrants à Taïwan

Sun Yu-Jung Chang Ji-Ho
| No. 4 | Posted on 18th Aug 2016

Le bouddhisme semble être la première chose qui nous vient en tête lorsqu’on pense à la religion de Taïwan, de la Chine ou même de la plupart des pays asiatiques. Cependant, le bouddhisme n’est pas une religion d’origine chinoise ni d’origine d’aucun pays de l’Asie-Pacifique. Le bouddhisme provient de l’Inde, mais depuis plusieurs siècles, l’Inde n’est plus un pays bouddhiste. Il existe de nombreuses branches du bouddhisme qui se sont répandues en Asie, et la différence entre elles est tellement significative qu’il est difficile de les reconnaître toutes comme bouddhisme à la première apparence. Par exemple, le bouddhisme tibétain est une religion qui gouverne à la fois le royaume sacré et profane, en revanche le bouddhisme répandu à Taïwan, en Chine, au Japon et en Corée est plutôt le bouddhisme « mahayana », une religion qui se situe hors de la société et qui rompt tous les rapports sociaux entre ses pratiquants au sens stricte et le reste de la société. Il est de plus en plus difficile de trouver une organisation bouddhiste qui reste effectivement extérieur aux affaires sociales aujourd’hui, et c’est encore plus difficile d’en trouver à Taïwan.

En 1949, le parti nationaliste qui représentait la République de Chine (régime actuel à Taïwan) perdit ses guerres contre les communistes chinois et se repliait vers le sud de la Chine et enfin à Taïwan. À part emporter toutes les richesses et les trésors en se repliant, les nationalistes rassemblèrent aussi des moines afin de les protéger contre les communistes lorsque ceux-ci furent athéistes et interdirent la religion. Pour cette raison, de nombreux moines sont venus à Taïwan avec l’armée nationaliste. Une fois sur l’île, le gouvernement nationaliste s’est mis dans la construction des temples afin d’une part d’installer ces moines « chinois », et d’autre part d’avoir un minimum de contrôle sur les religions à Taïwan. C’est dans ce contexte historique que les quatre plus grands temples bouddhistes furent construits. Ils appartiennent aujourd’hui respectivement à quatre organisations bouddhistes, dont les fondateurs sont des moines arrivés avec le régime nationaliste.

Ainsi, il est un peu moins choquant d’apprendre qu’un grand maître parmi ces quatre est un ancien agent de renseignement du gouvernement nationaliste, et qu’un autre est actuellement membre du parti nationaliste et était conseiller des affaires partisanes de ce dernier. On va peut-être même trouver compréhensible que certains d’entre eux annoncent leur préférence pour le parti nationaliste au moment des élections ! Cependant, le bouddhisme à Taïwan ne se compose pas seulement de ces quatre temples mentionnées ci-dessus. Malgré la puissance et la richesse invincible des ces quatre temples, le nombre d’organisations bouddhistes se multiple rapidement depuis la levée de la loi martiale en 1987.