| Proverbes


Ce qui est gratuit coûte toujours le plus cher

免費的最貴

Traduction : Ce qui est gratuit coûte toujours le plus cher

Cette expression est née dans la société moderne où une mentalité capitaliste encourage la convoitise. Elle vise à nous rappeler que la recherche abusive du plus grand profit nous mène parfois à la plus grande perte.

Le mont Ban-Ping, situé au Sud de Taïwan, a une histoire qui correspond très bien à cette expression. Son nom, Ban-Ping, veut dire à l’origine « qui est moitié plat ». Cependant, ce n’a pas toujours été un mont moitié plat…

On raconte qu’il y a longtemps, un vieux vendeur de tangyuan* était venu dans le village. « Un tangyuan un centime, deux tangyuan deux centime, trois tangyuan, c’est gratuit ! » Tous les villageois trouvèrent le vieux vendeur ignorant, et ils prirent tous trois tangyuan gratuitement, juste parce que c’était bon marché, et non pas parce qu’ils avaient besoin d’en manger trois. Les villageois prirent ainsi l’habitude d’aller manger trois tangyuan gratuitement tous les jours. Un mois après, un jeune demanda un jour au vieux vendeur de lui vendre deux tangyuan seulement. « Pourquoi n’en veux-tu pas trois gratuitement comme tout le monde ? » lui demanda le vieux vendeur. « Je n’ai envie que de deux tangyuan. De plus, si tout le monde continue de manger gratuitement, vous ne gagnerez jamais d’argent. » Puis, tout d’un coup, le vieux vendeur et son chariot disparurent. Tout le monde se rendit alors compte que leurs tangyuans ne contenaient que du sable, sauf les deux tangyuans commandés par le jeune. « Pourquoi ne reste-t-il qu’une moitié de la montagne ? » s’écria un villageois. « Il nous fait manger le sable de la montagne, et il ne reste plus que la moitié de son sommet…! »

En réalité, le mont Ban-Ping a perdu la moitié du sommet à cause de l’exploitation d’une carrière pour produire le ciment dans les années 60 et 70. Dans un certain sens, les Taïwanais ont mangé cette montagne comme dans la fable, et nous continuons aujourd’hui d’en payer le prix. Hormis la disparition de paysages uniques, cette destruction est la cause d’une importante pollution, et d’inondations pendant la saison des typhons. Ainsi, ce qui paraît gratuit finit bien souvent par se payer très cher.

* Le tangyuan est une boulette de riz fourrée avec de la crème de cacahuète et, au choix, de la purée de haricot rouge (sucré, pour le dessert), ou de la viande hachée (salé).

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Une femme vaut mieux que trois dieux

一个某,較好三个天公祖
(tsi̍t ê bóo, khah-hó sann ê thinn‑kong‑tsóo)

Traduction : Une femme vaut mieux que trois dieux.

De la fin du XVIIe jusqu’au début du XVIIIe siècle, beaucoup de Chinois du Sud immigraient à Taïwan à la recherche de terres cultivables. L’Empire chinois, afin de décourager les départs massifs, n’autorisaient que les hommes à partir. Les aventuriers venaient souvent seuls, qu’ils soient célibataires ou mariés.

Cependant, le besoin humain fait que beaucoup se mariaient avec des aborigènes dont le système social était matrilinéaire. Résultat : dans ces mariages multiculturels, la culture des immigrants chinois ont dominé dans tous les aspects (langues, croyances, religions, système patrilinéaire, etc.), seulement certains rituels des aborigènes ont pu résister et ont survécu jusqu’à aujourd’hui.

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Il n'y a pas de maître aux élections, sinon l'argent.

選舉無師傅,用錢買就有
(suán-kí bô sai-hū, iōng tsînn bé tō ū)

Traduction : Il n’y a pas de maître aux élections, sinon l’argent.

Avant la démocratisation des années 80, les élections locales existaient déjà, mais seulement pour la forme. Plus précisément, sous la loi martiale, les Taïwanais ne jouissaient pas de vraie démocratie. Afin de consolider son régime dictatorial, le KMT introduisait ses subordonnés partout sur l’île, lesquels offraient des pots-de-vin aux électeurs.

Il arrivait même que des villageois donnent leur pièce d’identité en échange d’une somme d’argent et de quelques denrées. Certains disaient aussi, « si un tel n’a pas été élu avec des pots-de-vin, comment a-t-il pu l’être ? »

De nos jours, de tels événements se sont raréfiés. Des scandales à grande échelle ont été révélés à plusieurs reprises et à divers endroits. D’autant plus que les jeunes générations, nées après les années 80, savent qu’il est possible de décider de leur avenir. Elles ont pris conscience que leur vote, que leur participation, ainsi qu’un terrain où les candidats peuvent débattre librement, constituent le premier pas à la démocratisation.

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Vœux pour le nouvel an

Bonne année !
Magnifique et mirobolante année 2015 ! Que vos souhaits se réalisent et que les mauvaises ondes disparaissent comme par enchantement !  un camarade

Je vous souhaite à vous et à vos proches une excellente année 2015. J’espère que vos projets se réaliseront et que vous vous épanouirez dans tout ce que vous entreprendrez. Je vous souhaite également de rester en bonne santé.  un professeur de français

Étant étudiante étrangère en France, j’ai reçu les messages cités ci-dessus lors du réveillon de l’année 2015. Les Français ont l’habitude de se souhaiter leurs vœux avec leurs propres mots. Dans la culture taïwanaise, la couleur rouge symbolise le bonheur, ce qui fait que les vœux sont souvent calligraphiés sur des papiers rouges. En général, ces expressions se composent de quatre caractères. Je voudrais ici vous en présenter deux en particulier.

Durant le passé, la société taiwanaise a été dans la misère et dans la pauvreté, entre autres pendant les deux guerres mondiales. Au sein de chaque famille, les parents avaient souvent une dizaine de bouches à nourrir, ce qui représentait pour eux un fardeau non négligeable. Dans de telles conditions de vie précaires, les gens travaillaient dur tout en espérant gagner assez d’argent pour que leurs enfants grandissent sains et saufs. Et c’est aussi pour cette raison-là que beaucoup de souhaits ne se séparent pas de l’argent ou de la prospérité.

招財進寶 (zhao cai jin bao)

Le dessin ci-dessus se compose de quatre caractères, dont l’ensemble veut dire « récolter de l’argent et faire entrer des trésors ». Comme il y a beaucoup d’éléments communs dans les quatre caractères, nous les fusionnons pour en faire un caractère géant. Celui-ci se trouve très fréquemment sur la porte d’entrée des magasins et des maisons.

恭喜發財 (gong xi fa cai, kiong hí huat tsâi)

Pendant les festivités du nouvel an, c’est sans doute l’expression que vous entendrez le plus souvent. Elle veut dire tout simplement « toutes mes félicitations pour votre bonne fortune ». On félicite ceux qui ont eu du succès et on souhaite nos meilleurs vœux à ceux qui attendent encore leur chance. Lorsque vous prononcez « gong xi fa cai » (en mandarin) ou « kiong hí huat tsâi » (en taïwanais), pensez à faire comme les Taïwanais : refermervotre poing droit dans votre main gauche en faisant un geste de prière (ou d’imploration) en même temps !

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Un grain de riz, cent gouttes de sueur

一粒米,百粒汗
(tsi̍t lia̍p bí, pah lia̍p kuānn)

Traduction : Un grain de riz, cent gouttes de sueur.

Le riz n’est pas une céréale facile à cultiver, qui plus est sur une île où les surfaces cultivables sont réduites. Sans l’aide de machines, les riziculteurs bêchent la terre, font germer les graines, transplantent les semis et, en fonction des précipitations, irriguent soigneusement les terres. Ils se lèvent en outre souvent de bonne heure, certains travaux devant être effectués avant le lever du soleil.

La pénibilité de ces tâches explique pourquoi il est quasiment tabou dans les familles de riziculteurs de laisser ne serait-ce qu’un seul grain de riz dans son bol. Gaspiller un grain de riz est peu s’en faut un crime, car ce qui est jeté à la poubelle n’est pas le grain, mais les centaines de gouttes de sueur qui ont contribué à sa naissance et à sa croissance. Ce proverbe est donc souvent utilisé pour rappeler aux jeunes Taïwanais, surtout citadins, le dur labeur des riziculteurs.

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Patates douces

番薯毋驚落土爛,只求枝葉代代湠
(han-tsî m̄-kiann lo̍h-thóo nuā, tsí-kiû ki-hio̍h tāi-tāi-thuànn)

Traduction : Les patates douces ne craignent pas de tomber ni de pourrir dans la terre, ceci dans le but de donner naissance à de nouvelles tiges et feuilles. 

Taïwan prend la forme d’une patate douce, c’est pour cela que les Taïwanais s’appellent eux-mêmes les « fils de patates douces (番薯仔囝) », ou en abrégé, patates douces. Originaire d’Amérique du Sud, la patate douce symbolise également les immigrants d’autrefois qui se sont très vite adaptés à cette nouvelle terre fertile.

Si l’histoire de l’île s’est écrite en plusieurs chapitres de gouvernance étrangère, les Taïwanais se lèvent souvent contre les injustices, même s’ils périssent, car ils espèrent que leur sacrifice sera récompensée et que leurs descendants en profiteront ainsi d’une vie meilleure.

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