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Il était une fois l’uniforme scolaire était militarisé

À Taïwan, chaque école primaire, chaque collège ou chaque lycée possède son propre uniforme.  Mettre l’uniforme d’école est une banalité insignifiante. Du Blanc, du vert, du bleu ou d’autres couleurs : la sortie d’école ressemble souvent à une peinture monochrome.

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Le fils du pirate et le façonnement de l'histoire taïwanaise

L’île de Taïwan ayant connu de nombreuses colonisations et de multiples changements de pouvoir, l’enseignement de l’histoire a de tout temps été le champ de batailles idéologiques. Un personnage occupe une position clé dans les trois différentes narrations de l’histoire de Taïwan. Il s’agit d’un certain fils du pirate, Tēnn Sîng-Kong (Koxinga), dont le père était chinois et la mère japonaise. De ce fait, il symbolise pour certains un lien profond avec le Japon, pour d’autres le début de la sinisation de Taïwan. Son père et lui monopolisèrent le commerce entre le sud de la Chine et l’Occident au XVIIe siècle. Lorsque la dynastie Ming fut renversée, il chassa les colonisateurs hollandais pour installer son empire commercial à Taïwan.

Taïwanais, le peuple du Tenno

Ce ne fut qu’en 1683 que Taïwan se trouva sous l’influence chinoise. En 1895, lorsque l’Empire chinois perdit la guerre sino-japonaise, Taïwan devint une colonie japonaise jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale. Les Japonais ne désiraient pas seulement exploiter les ressources naturelles de l’île, mais faire également de Taïwan une base, une extension du Japon qui pourrait lui permettre de conquérir toute l’Asie. C’est pourquoi ils construisirent non seulement les réseaux de chemins de fer, mais fondèrent aussi de nombreuses institutions, dont l’éducation « nationale ».

À l’époque, les manuels scolaires délivraient la version officielle dans toutes les écoles, et l’on peut trouver la saga de ce fameux fils du pirate contée dans un texte qui suggère un lien causal entre ses contributions à Taïwan et son héritage japonais. En négligeant la gouvernance de l’Empire chinois à Taïwan, le texte se concentrait sur l’esprit japonais qui animait Koxinga lorsqu’il libéra Taïwan de l’Occident, le combat mené en vue d’une expansion commerciale étant présenté à l’instar d’une vision japonaise de la construction de Taïwan.

Taïwanais : authentiques Chinois, Chinois à Taïwan, ou nouveau peuple ?

En même temps que le Japon perdit la Seconde Guerre mondiale, il abandonna la gouvernance de Taïwan à la République de Chine. En 1949, celle-ci fut défaite par les communistes chinois, se replia à Taïwan, et consolida sa domination sur l’île en instaurant une nouvelle éducation nationale. Les manuels scolaires n’étaient une nouvelle fois édités que par le gouvernement, et le fils du pirate devint le héros d’une nation chinoise repliée à Taïwan pour libérer la « mère-patrie » de la domination étrangère. Présente dans les manuels scolaires jusqu’en 1999, cette version cultivait donc la vision d’une île de Taïwan « base arrière en vue de reconquérir la Chine ».

Premier président élu par un suffrage universel, Lee Teng-Hui leva le monopole gouvernemental du manuel scolaire. Cette politique permit aux maisons d’édition de publier différentes versions inspirées d’un tronc commun rédigé par l’État. Lorsque le président du parti indépendantiste, Chen Shui-Bian, fut élu, il inaugura un processus de « désinisation » de Taïwan qui toucha naturellement les programmes scolaires. Soucieux d’employer des mots considérés comme neutres, les manuels d’histoire de 2006 remplacèrent ainsi le terme « Père fondateur Sun Yat-Sun » par un simple « Monsieur Sun ». Selon le même principe, Koxinga n’avait plus œuvré au rétablissement de l’Empire chinois, mais fondé un royaume indépendant de la Chine.

Lorsque le président actuel, Ma Ying-Jeou, membre du parti nationaliste chinois qui fonda la République de Chine à Taïwan, prit le pouvoir, de nouveaux manuels scolaires furent édités, et le terme « gouvernance japonaise » fut en 2013 remplacé par « occupation japonaise ». En 2015, ce même gouvernement a initié une réforme encore plus profonde des programmes, qui provoque actuellement au sein de la société taïwanaise un débat violent et de nombreuses manifestations, le fils du pirate étant pour l’occasion redevenu dans les manuels d’histoire le héros de la Nation et l’instrument d’une volonté d’intégration de Taïwan à la Chine.

Le destin de notre fils du pirate n’est donc à l’évidence pas encore fixé. L’histoire de Taïwan fait-elle partie intégrante de celles de la Chine ou du Japon ? Ou met-elle en exergue la lente formation d’un nouveau peuple et d’une nouvelle nationalité ? La fin de l’histoire est encore à écrire.

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Les conséquences de la Seconde Guerre mondiale à Taïwan

La Seconde Guerre mondiale a ébranlé en profondeur l’ordre politique en Extrême-Orient. Lorsqu’on évoque ce conflit en Asie, le premier pays auquel on pense est le Japon. Or, un autre pays, dont le gouvernement dut prendre le chemin de l’exil peu de temps après la guerre, y joua un rôle décisif dans cette région du monde : il s’agit de la République de Chine, le régime actuel à Taïwan.

De l’Empire à la République

Longtemps avant le déclenchement des conflits mondiaux en Europe, la Chine subissait déjà les affres de la guerre. Le vieil Empire chinois n’avait su prendre à temps la voie de la modernisation et dut en souffrir les conséquences. Les pays occidentaux, avides de nouveaux débouchés commerciaux et de ressources, profitèrent du déclin des institutions pour étendre leur influence en Chine. Les commerçants se firent peu à peu colonisateurs. En 1839, la première guerre de l’opium éclata entre la Chine et l’Angleterre, qui souhaita pénétrer au marché chinois. L’Empire Qing vaincu dut céder Hong Kong et ouvrir cinq de ses ports aux Britanniques, dont Shanghaï. D’autres agressions étrangères suivirent, conduisant au partage de l’Empire en zones d’influence entre les puissances occidentales, l’Angleterre, l’Allemagne, la France, etc. En 1895, c’est au tour du Japon de s’en prendre à son grand voisin. Au terme de cette Première Guerre sino-japonaise, le Japon prit possession de Taïwan , qui demeura sous sa domination jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Cette crise nationale entraîna l’apparition de mouvements révolutionnaires chinois. En 1911, le parti nationaliste (Kuomintang) renversa ainsi la dynastie Qing pour fonder la République de Chine. Celle-ci sombra toutefois bien vite dans la guerre civile. Profitant du désordre et du manque d’unité du pays, le Japon, cherchant à s’affirmer comme grande puissance en Asie, put reprendre ses projets de l’expansion coloniale. L’armée impériale envahit le nord de la Chine en 1931, puis le reste du pays en 1937, perpétrant de nombreux crimes de guerres. Si les massacres commis par les Nazis sont restés gravés dans les mémoires des Européens, les souffrances endurées par les Chinois ne furent pas en reste et paraissent souvent négligées dans le reste du monde.

La République de Chine s’engagea aux côtés des Alliés pendant la guerre pour faire face à l’invasion japonaise. La victoire lui permit de récupérer Taïwan, après près d’un demi-siècle d’occupation. Et c’est à Taïwan que le gouvernement nationaliste put se réfugier en 1949, au terme de la guerre civile remportée sur le continent par les communistes. Deux Chine se font face depuis lors, la République populaire de Chine cherchant à délégitimer la République de Chine.

Une double colonisation à Taïwan

Lorsqu’ils occupaient Taïwan, les Japonais modernisèrent le pays afin de lui soustraire plus aisément les ressources et d’en faire une base en vue de l’invasion de l’Asie du Sud-Est. Cette modernisation permit aux Taïwanais de bénéficier d’infrastructures électriques, du télégramme, du chemin de fer, de l’éducation, d’un système financier, etc. Toutefois, en dépit de ces améliorations des conditions matérielles, les Taïwanais n’en durent pas moins souffrir les vexations des colonisateurs japonais, cherchant à s’emparer de leurs ressources et dénigrant leur propre culture. De même, lorsque la République de Chine se replia à Taïwan, une autre domination coloniale se fit jour, s’appuyant sur les structures héritées du Japon, d’abord pour soutenir les guerres en Chine, puis pour récupérer la Chine continentale occupée par les communistes.

Les communistes chinois ne parvinrent pas à traverser le détroit de Taïwan et à vaincre les nationalistes, qui reçurent le soutien des États-Unis, en lutte contre le communisme. Le leader nationaliste Chiang Kaï-Chek sut gagner l’alliance avec les Américains pendant la guerre civile, alliance qui perdura pendant la guerre froide. Entre 1951 et 1965, la République de Chine reçut ainsi 148 millions de dollars. Les États-Unis influencèrent en profondeur l’industrie et l’économie insulaires, et plus largement la politique taïwanaise. L’île se trouva de nouveau dans l’orbite d’une puissance étrangère, prise en étau entre la Chine et l’Amérique.

Gouvernement exilé

Lorsque des rivalités apparurent au sein du bloc communiste entre les Soviétiques et les Chinois pendant la guerre froide, les États-Unis perçurent leur avantage à se rapprocher de ces derniers. De plus, conscients des ressources et de l’immensité du marché potentiel en Chine, les Américains souhaitaient normaliser leurs relations avec ce pays. Taïwan fut pénalisée par cette réorientation de la politique étrangère américaine. En 1971, la République de Chine dut ainsi céder à la République populaire de Chine son siège permanent au Conseil de sécurité aux Nations unies, obtenu à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Tandis que la Chine continentale accédait ainsi au rang des grandes puissances, Taïwan se retrouvait mis à l’écart. Peu de pays reconnaissent officiellement le gouvernement de la République de Chine. Nombreux sont ceux qui, tout en gardant des relations diplomatiques avec Taïwan, admettent le principe « d’une Chine unique » exigé par la République populaire. C’est notamment le cas de l’Union européenne ou de la Russie. Les États-Unis ont admis l’unification de Taïwan à la Chine continentale, à condition que celle-ci soit pacifique.

Indépendance de facto du gouvernement taïwanais

Le gouvernement actuel à Taïwan reste le gouvernement de la République de Chine et non pas le gouvernement de la République de Taïwan. Malgré le fait d’être un gouvernement illégitime sur la scène internationale, Taïwan a réalisé sa démocratisation, mettant progressivement fin au système État-Parti, mis en place par le Kuomintang entre 1949 et 1987.

Le régime en place à Taïwan conserve le nom de la République de Chine, affirmant son indépendance par rapport à la Chine continentale, malgré les pressions que celle-ci exerce. La souveraineté de l’île est consolidée par la lutte des citoyens taïwanais, dont beaucoup refusent de subir le sort des Hongkongais qui ont perdu une grande partie de leurs libertés en intégrant la République populaire de Chine.

Taïwan hérite certainement la culture de la Chine ancienne avant la Révolution culturelle. Le fait que les Taïwanais parlent le mandarin et écrivent le chinois traditionnel justifie la position dominante de la culture chinoise à Taïwan. Toutefois, Taïwan est une société très diverse, issue de multiples vagues de colonisation et d’immigration. Elle comprend des éléments divers, issus des coutumes japonaises, aborigènes, etc. Les citoyens de la République de Chine ne se présentent plus comme les « vrais Chinois » qui gardent la culture traditionnelle. En revanche, ils se présentent comme les Taïwanais, porteurs d’une culture propre et autonome, fusionnant les multiples caractères de l’île.

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Lorsque le malheur se transforme en art

L’incident du 28 février reste comme une blessure encore non refermée dans la société taïwanaise. Le sort a voulu que le gouvernement chinois ayant autorisé le massacre des Taïwanais et des manifestants chinois, soit devenu le gouvernement représentant de Taïwan peu de temps après le massacre. S’agissant d’un événement de cette nature, il faut toujours considérer le contexte social et les structures de pensées qui l’ont rendu possible. Dans le cas de l’incident du 28 février et de la période qui l’a suivi, l’appareil gouvernemental totalement pénétré par le parti Kuomintang, tout en ayant rendu possible un progrès économique remarquable, a imposé un effacement presque total du peuple.

La « terreur blanche » désigne la période d’abolition de la liberté d’expression et de restriction extrême des libertés individuelles consécutive à l’incident du 28 février. Selon cette expression née en Amérique latine, la terreur blanche est une « disparition forcée ». Ce terme fait référence à la « terreur » de la Révolution française, mais aussi à la Commune de Paris, lorsque le rouge de la commune faisait face à la blancheur de la troisième République. Ces deux mêmes couleurs ont représenté pareillement le conflit et le déchirement intérieur de l’État en Finlande et en Russie au XXe siècle.

À Taïwan, même si la période de la terreur blanche a pris fin il y a déjà une trentaine d’années, tous les ans, aux alentours du 28 février, le conflit et le déchirement au sein de la société taïwanaise refont surface.

Les Taïwanais jouissent désormais de cette liberté d’expression dont ils ont été trop longtemps privés. Aujourd’hui, tout discours, tout propos au sujet de l’incident du 28 février est permis. Sans cette liberté d’expression, l’émergence et le développement actuels de nombreuses formes d’art seraient impossibles à Taïwan, ou bien les artistes finiraient comme le peintre Chen Cheng-Po (陳澄波), qui fut humilié et condamné à mort après l’incident du 28 février.

Le mémorial de l’incident ne semble plus n’avoir qu’une fonction de monument, la tonnelle dans le parc mémorial n’est plus seulement un endroit où les homosexuels se rassemblent. Les artistes se sont approprié le lieu, et essaient de décorer le mémorial avec des colombes blanches pour apaiser la peine subie par le peuple. Mais celui-ci répond parfois par des graffitis emplies de colère. Aussi les artistes ont-ils pris conscience qu’après une période d’étouffement et d’interdictions aussi longue, l’art s’est éloigné de la société, et que les deux ne s’entendent plus.

C’est pourquoi depuis quelques années, les artistes taïwanais sortent de leurs studios, entrent dans les charniers, les terrains d’exécutions, les maisons de soin et de psychiatrie, pour retrouver la réalité sensible de cette époque où nous vivons. Ces artistes, qui cherchent à montrer la disparition de l’oppression et de la menace, s’emploient à tester les limites qui ne peuvent être franchies et transgressées aujourd’hui. Et à travers leur art, ceux qui sont morts sans avoir pu faire entendre leur voix commencent enfin à être entendus.

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George H. Kerr et Peng Ming-Min, témoins du 228

Les événements du 28 février 1947 sont restés un sujet tabou durant plusieurs décennies de dictature à Taïwan. La résurgence mémorielle de cette date qui constitue en fait le point de départ symbolique des violentes répressions du mois suivant fait l’objet d’un travail mémoriel inédit depuis la fin des années 1980 et particulièrement depuis 1987 et la fin de la loi martiale. Cependant, cette levée des tabous ne s’est pas accompagnée d’un consensus global dans les sphères politiques et culturelles taïwanaises autour des causes et des conséquences des événements et des différences d’interprétation persistent encore à l’heure actuelle entre différents partis et factions politiques. Ce travail – assez récent si l’on se place à l’échelle de toute la société taïwanaise – sur la mémoire des événements a entraîné dans son sillage une exhumation gigantesque des souvenirs, des témoignages et des tragédies ayant eu lieu durant cette période.

Parmi ces témoignages, ceux de Peng Ming-Min et George H. Kerr, dont les ouvrages ont été traduits par Pierre Mallet et récemment publiés aux éditions René Viénet. Évoquant les événements du 28 février et la répression qui les suit, Peng Ming-Min et George H. Kerr font appel à des témoignages de première et de seconde main et donc nécessairement subjectifs et partiaux, mais constituent des introductions passionnantes au contexte de cette époque, à travers le regard et l’expérience de deux personnages uniques.

Formose trahie

George H. Kerr est né en 1911 aux États-Unis. Sa première venue à Taïwan (qu’il appelle Formose) date de 1937. Il y reste jusqu’en 1940 pour enseigner l’anglais, à une époque où Taïwan est sous administration coloniale japonaise.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Kerr est le spécialiste de Taïwan au département de la guerre à Washington. Il se trouve au consulat américain de Taipei lorsqu’il est le témoin direct de la répression qui suit les événements du 28 février 1947. Fortement marqué par cette expérience, il retourne la même année aux États-Unis et devient enseigne à l’Université de Washington jusqu’en 1949, puis dans les universités de Stanford et de Californie en 1949 et 1950, puis il publiera plusieurs essais consacrés au Japon et à Taïwan. Il décède en 1992.

Publié pour la première fois en 1965 et réédité à plusieurs reprises, son Formose trahie n’est traduit et publié à Taïwan qu’en 1991, où il a depuis été réédité depuis à de nombreuses reprises.

Fin connaisseur de la diplomatie américaine vis-à-vis de la Chine et de Formose, il offre une lecture inédite des événements tels qu’ils sont vus et perçus aux États-Unis et critique son gouvernement qu’il accuse d’avoir abandonné le peuple taïwanais à son sort. Kerr s’est depuis engagé en faveur de l’indépendance de Taïwan, ce qui lui a valu plusieurs controverses, que ce soit d’ailleurs aux États-Unis ou à Formose.

Le récit des événements est enrichi des textes des déclarations officielles et des revendications des manifestants, qui montrent bien que l’intention des insurgés était bien moins séparatiste que réformatrice. Ils affichaient dans un premier temps et vont peu à peu se transformer en velléités indépendantistes.

À noter qu’un film, très mauvais et très librement inspiré de Formose trahie a été réalisé en 2009.

Le Goût de la liberté de Peng Ming-Min

Auteur du Goût de la liberté, Peng Ming-Min est né à Kaohsiung en 1923, pendant la période japonaise. Alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage, il effectue ses études secondaires au Japon et étudie le droit et les sciences politiques à l’Université Impériale de Tokyo. D’un village situé non loin de Nagasaki, il assiste à la destruction de la ville par l’explosion de la deuxième bombe atomique. De retour à Taïwan, il étudie le droit à l’Université nationale de Taïwan quand se déroulent les événements du 28 février. Il part ensuite étudier au Canada, puis en France avant de revenir à Formose, où il enseigne à l’université de 1957 à 1964. Conscient que le continent chinois ne sera plus pris, il corédige en 1964 avec des amis le Manifeste pour le salut du peuple de Formose où ils appellent à l’indépendance de Taïwan et au respect de la liberté et des droits de l’homme dans le pays. Ce manifeste lui vaut d’est arrêté et incarcéré durant quatorze mois, puis d’être relâché et gardé sous étroite surveillance. Grâce au soutien d’Amnesty International, Peng Ming-Min fuit Taïwan en 1970, d’abord pour la Suède, puis pour les États-Unis. Il ne rentrera d’exil que vingt-deux ans plus tard. En 1996, il est le candidat du Parti démocrate progressiste lors de la première élection présidentielle au suffrage universel direct, remportée par le sortant Lee Teng-Hui.

En 1972, il publie aux États-Unis son autobiographie en anglais : Le Goût de la liberté, réalisée avec le support de George Kerr, qui lui sert de dactylographe. Dans son œuvre, Peng apparaît raconte comment il va en venir à se politiser au fil du temps et à bientôt prendre ouvertement parti contre le gouvernement de Chiang Kaï-Chek. Peng raconte que les événements de mars 1947 seront la principale cause de son engagement politique en faveur de la démocratie et plus tard, d’une nation taïwanaise indépendante.

Quand paraît pour la première fois Le Goût de la liberté, Peng vit en exil depuis deux ans pour fuir une liberté sous étroite surveillance. Les détails des souvenirs du Goût de la liberté sont poignants, surtout quand on sait que Peng écrivait sans notes, qu’il avait dû détruire avant de partir de Formose.

L’autobiographie de Peng est restée interdite à Taïwan jusqu’au retour d’exil de son auteur en 1992.

Ces deux ouvrages ouvrent une nouvelle fenêtre en français sur les événements du 28 février 1947, son contexte et ses conséquences directes sur l’existence de ceux qui l’ont vécu et de leurs descendants. Ils sont de plus très bien traduits dans une langue à la fois précise, incisive et plaisante. Alors que la prose de Le goût de la liberté tient parfois du romanesque, Formose trahie peut presque se lire comme un thriller politique, malheureusement hautement vraisemblable…

Ils constituent en tout cas des introductions passionnantes – bien qu’elles restent évidemment partiales – non seulement à l’histoire des événements de février et mars 1947 mais aussi à toute l’histoire de Taïwan au XXe siècle.

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